PDA

Afficher la version complète : [Fic AC1] Bare Grace Misery



Amaltheren
23/12/2010, 07h28
A traîner mes galoches sur les forums j'ai soudainement remarqué (avec un certains retard, HUM) que des fics AC ont fait leur apparition... et comme j'en ai une qui traînasse dans mes tiroirs depuis un moment et que j'avais déjà posté ailleurs, je me suis dit qu'elle avait quand même sans doute aussi sa place dans le coin !

J'écris pour mon plaisir sans me targuer d'être une virtuose des mots, si je peux distraire quelques personnes avec mes petits plaisirs c'est tout ce que je souhaite ! \^3^/

En espérant vous distraire et que vous passiez un bon moment ^__^ Histoire de ne pas être trop soûlarde avec mes chapitres de trois cents pieds trois quart de long, je vais juste mettre le prologue pour le moment, en vous souhaitant une agréable lecture.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Une erreur. Une unique erreur. Et une seule, une ridicule, une foutue erreur allait lui coûter la vie.

C'était la seule litanie qui touchait encore son cerveau dopé par l'adrénaline alors qu'il fuyait ventre à terre sur les toits, le bras et le flanc ruisselant d'un sang rouge quasiment noir, gluant et poisseux. Sa tenue blanche se teintait de plus en plus d'hémoglobine, aussi visible qu'un feu de détresse en pleine tempête. Impossible de descendre dans les rues, le premier garde qui passerait le repérerait. Il n'était plus en état d'éliminer les soldats patrouillant sur les toits. Et les cloches des églises et barbacanes se balançaient à s'en décrocher, indiquant sans fin "assassin en cavale !" "assassin en cavale !"

Même en se planquant, le sang qui tachait la pierre sur sa progression attirerait les gardes comme des hyènes attirées par une carcasse. C'était fini. Il allait mourir. Tant qu'il serait pris en chasse le bureau serait fermé, même si cela lui sauverait la vie. Une grimace ironique tordit ses traits tandis qu'il bondissait de nouveau au-dessus d'une ruelle, tendant les bras pour se raccrocher au rebord du toit d'en face. Alors que ses doigts crochetaient les tuiles et qu'il percutait le mur, ses bras se tendirent brutalement sous la pression de son poids et la douleur le foudroya soudain sur place, irradiant dans son bras droit pour remonter tout le long son corps comme un parasite mangeur de chair, lui coupant le souffle, à la fois de souffrance et de surprise. Trop de sang perdu...

Il lutta quelques secondes avant d'essayer désespérément de se hisser sur le toit, et de reprendre sa course. Mais son bras n'avait plus de force. Après à peine cinq seconde, ses doigts glissèrent, phalanges par phalanges malgré ses efforts frénétiques, et ne pouvant plus se raccrocher, il bascula dans le vide, pour aller s'effondrer trois mètres plus bas dans une ruelle crasseuse... et grouillante de monde. Le choc de la chute se répercuta dans tous ses os comme une détonation alors qu'il percutait le sol dans un craquement sinistre, des hurlements horrifiés et paniqués s'élevant autour de lui. Incapable de faire attention à autre que la douleur, transpirant sous la souffrance, Altaïr se tourna avec difficulté sur le côté, le souffle haletant, essayant de trouver encore assez de force pour se relever et reprendre sa fuite ou se dissimuler dans une charrette de foin. Même à l'agonie il ne comptait pas crever comme un chien ou finir la peau percée par un ordre de templier avide de sang...

- Il est par ici ! Trouvez le, trouvez les traces de sang !

Débusqué... ou pas encore... Il n'avait vraiment pas l'intention de se laisser faire... il se ramassa sur lui-même, prit appuis sur son avant-bras valide et d'une traction, parvint à se relever, un flot de sang ruisselant en une nappe gluante de ses plaies avec l'effort. Il tituba, puis tenta de reprendre sa course. Il fit à peine quelques mètres avant de trébucher et de percuter le mur, s'écroulant derrière un amoncellement de caisses et de panier. Il n'en pouvait plus... il perdait trop de sang, et il n'allait pas tarder à perdre conscience... Il ne s'agissait plus que d'une question de temps avant d'être débusqué et abattu. Lui d'ordinaire si fier, si battant, si vif, allait finir ainsi... sans même avoir réussi sa mission... lassé, désespéré, il ferma les yeux, pour attendre la patrouille qui se rapprochait de plus en plus. Encore quelques minutes avant qu'ils ne passent...

Brusquement, il se senti attrapé sur le côté et relevé, avant d'être traîné jusqu'à une porte qui se referma lourdement, claquant sèchement alors qu'un verrou était tiré. L'intérieur était sombre, le volet fermé. On le poussa sur un lit, dont le matelas s'affala mollement sous son poids. Le sang continuait de ruisseler, la tête de la flèche toujours fichée dans son flanc. Il ignorait s'il était à l'abri... mais il s'en foutait éperdument.

La dernière vision qu'il eut fut un éclat de longs cheveux noirs ruisselant, d'une paire d'yeux bleus qui le fixait sans ciller, et une longue silhouette vaguement féminine. A peine quelques secondes, et il se laissa définitivement couler dans l'inconscience. Sans savoir qui l'avait sauvé.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Amaltheren
23/12/2010, 07h28
A traîner mes galoches sur les forums j'ai soudainement remarqué (avec un certains retard, HUM) que des fics AC ont fait leur apparition... et comme j'en ai une qui traînasse dans mes tiroirs depuis un moment et que j'avais déjà posté ailleurs, je me suis dit qu'elle avait quand même sans doute aussi sa place dans le coin !

J'écris pour mon plaisir sans me targuer d'être une virtuose des mots, si je peux distraire quelques personnes avec mes petits plaisirs c'est tout ce que je souhaite ! \^3^/

En espérant vous distraire et que vous passiez un bon moment ^__^ Histoire de ne pas être trop soûlarde avec mes chapitres de trois cents pieds trois quart de long, je vais juste mettre le prologue pour le moment, en vous souhaitant une agréable lecture.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Une erreur. Une unique erreur. Et une seule, une ridicule, une foutue erreur allait lui coûter la vie.

C'était la seule litanie qui touchait encore son cerveau dopé par l'adrénaline alors qu'il fuyait ventre à terre sur les toits, le bras et le flanc ruisselant d'un sang rouge quasiment noir, gluant et poisseux. Sa tenue blanche se teintait de plus en plus d'hémoglobine, aussi visible qu'un feu de détresse en pleine tempête. Impossible de descendre dans les rues, le premier garde qui passerait le repérerait. Il n'était plus en état d'éliminer les soldats patrouillant sur les toits. Et les cloches des églises et barbacanes se balançaient à s'en décrocher, indiquant sans fin "assassin en cavale !" "assassin en cavale !"

Même en se planquant, le sang qui tachait la pierre sur sa progression attirerait les gardes comme des hyènes attirées par une carcasse. C'était fini. Il allait mourir. Tant qu'il serait pris en chasse le bureau serait fermé, même si cela lui sauverait la vie. Une grimace ironique tordit ses traits tandis qu'il bondissait de nouveau au-dessus d'une ruelle, tendant les bras pour se raccrocher au rebord du toit d'en face. Alors que ses doigts crochetaient les tuiles et qu'il percutait le mur, ses bras se tendirent brutalement sous la pression de son poids et la douleur le foudroya soudain sur place, irradiant dans son bras droit pour remonter tout le long son corps comme un parasite mangeur de chair, lui coupant le souffle, à la fois de souffrance et de surprise. Trop de sang perdu...

Il lutta quelques secondes avant d'essayer désespérément de se hisser sur le toit, et de reprendre sa course. Mais son bras n'avait plus de force. Après à peine cinq seconde, ses doigts glissèrent, phalanges par phalanges malgré ses efforts frénétiques, et ne pouvant plus se raccrocher, il bascula dans le vide, pour aller s'effondrer trois mètres plus bas dans une ruelle crasseuse... et grouillante de monde. Le choc de la chute se répercuta dans tous ses os comme une détonation alors qu'il percutait le sol dans un craquement sinistre, des hurlements horrifiés et paniqués s'élevant autour de lui. Incapable de faire attention à autre que la douleur, transpirant sous la souffrance, Altaïr se tourna avec difficulté sur le côté, le souffle haletant, essayant de trouver encore assez de force pour se relever et reprendre sa fuite ou se dissimuler dans une charrette de foin. Même à l'agonie il ne comptait pas crever comme un chien ou finir la peau percée par un ordre de templier avide de sang...

- Il est par ici ! Trouvez le, trouvez les traces de sang !

Débusqué... ou pas encore... Il n'avait vraiment pas l'intention de se laisser faire... il se ramassa sur lui-même, prit appuis sur son avant-bras valide et d'une traction, parvint à se relever, un flot de sang ruisselant en une nappe gluante de ses plaies avec l'effort. Il tituba, puis tenta de reprendre sa course. Il fit à peine quelques mètres avant de trébucher et de percuter le mur, s'écroulant derrière un amoncellement de caisses et de panier. Il n'en pouvait plus... il perdait trop de sang, et il n'allait pas tarder à perdre conscience... Il ne s'agissait plus que d'une question de temps avant d'être débusqué et abattu. Lui d'ordinaire si fier, si battant, si vif, allait finir ainsi... sans même avoir réussi sa mission... lassé, désespéré, il ferma les yeux, pour attendre la patrouille qui se rapprochait de plus en plus. Encore quelques minutes avant qu'ils ne passent...

Brusquement, il se senti attrapé sur le côté et relevé, avant d'être traîné jusqu'à une porte qui se referma lourdement, claquant sèchement alors qu'un verrou était tiré. L'intérieur était sombre, le volet fermé. On le poussa sur un lit, dont le matelas s'affala mollement sous son poids. Le sang continuait de ruisseler, la tête de la flèche toujours fichée dans son flanc. Il ignorait s'il était à l'abri... mais il s'en foutait éperdument.

La dernière vision qu'il eut fut un éclat de longs cheveux noirs ruisselant, d'une paire d'yeux bleus qui le fixait sans ciller, et une longue silhouette vaguement féminine. A peine quelques secondes, et il se laissa définitivement couler dans l'inconscience. Sans savoir qui l'avait sauvé.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

AssassinBlol
23/12/2010, 07h39
Jolie !

clems13_761
23/12/2010, 08h32
oui très joli prologue

mojoujou
23/12/2010, 08h55
Je trouve aussi sympa. Un peu long vers la fin après qu'il ne se relève. A un moment donné on ne sait plus si il est sur les toits où à terre quand tu parles des traces de sang sur la pierre. Sinon j'avais bien les images du déroulé de la fuite dans la tête.
J'aime bien quand on utilise de belles tournures avec des mots recherchés, mais par moment c'est un peu compliqué voir lourd et d'un point de vue du sens aussi j'ai des doutes sans parler que tu as tendance à te répéter et ça il faut plutôt éviter.

Sinon je trouve ça bien amené.

Kingsalt20
23/12/2010, 09h48
Assez interessant je dois dire ! http://webtools.fr.ubi.com/forums/smileys/happy.gif

Continues ! Surtout si tu en as une ribanbelle http://webtools.fr.ubi.com/forums/smileys/langue.gif

Amaltheren
23/12/2010, 14h59
Merci bien éoè

Mojoujou => Oui c'est un sale tic d'écriture que je tâche de perdre X( Le prologue date d'il y a presque un an j'espère que tu apprécieras un peu plus ceux qui seront plus récents. J'ai malgré tout un goût assez fort pour les tournures un peu longue, ce qui amène des lourdeurs et des répétitions... mais je me soigne :3

Bon pas la peine de faire des ronds de jambe j'ajoute la suite, c'est bien long par contre, je sais que ce n'est pas toujours agréable à lire sur un écran j'espère que ça ne sera pas indigeste X( Et que la trame que je me suis amusée à tricoter ne vous rebutera pas !

(Tant que j'y pense, j'ai écris ce chapitre avant de finir à l'époque Assassin's Creed II, je ne savais donc pas encore à l'époque ce qu'il en était du passé d'Altaïr que l'on découvre dans le Codex)

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

.oOo.

Un léger rai de lumière filtrait du volet abîmé, tout droit sur le visage encore inconscient d'Altaïr. Une agréable pénombre nimbait la pièce, troublée seulement par les filets de lumière qui passaient au travers des volets et sous la porte, mais ils demeuraient cependant incapables de chasser la fraîcheur salutaire de la pièce quand le soleil brûlait tout au dehors. La flèche qui avait atteint Altaïr reposait sur une vieille table collée à un mur, avec sa tunique, son manteau, ses bottes et une bonne partie de ses armes, attentivement disposées les unes à côtés des autres. Et accoudés au bois, un homme, et une femme. Les volets et la porte close, ils parlaient bas, l'homme avec une pointe d'exaspération, la femme, avec calme.

- C'était un geste noble, mais inutile, Arkania. Plus que cela même. Tu as vu comme moi...

Il poussa de l'index la boucle de ceinture d'Altaïr, forgée aux armes de la Guilde des Assassins. Le métal mat tranchait sur le vieux bois de la table.

- Il est des hommes d'Al Mualim. Tu aurais dû le laisser. La vie n'est pas tendre avec les assassins ratés.

- Il est tout, sauf un raté.

- Qu'est-ce qui te permet de l'affirmer ?

La jeune femme releva les yeux vers lui, son visage masqué par sa large capuche, mais sans répondre tout de suite. Elle passa sa langue sur ses lèvres sèches et craquelées, méditant sa réponse alors que son compagnon arquait un sourcil d'un air dubitatif.

- Et bien...

Un grognement soudain venu d'Altaïr les fit se retourner à l'unisson, attirant un léger sourire sur le visage de la jeune femme.

- Il est vivant après avoir galopé comme un possédé sur la moitié des toits de la ville, perdant du sang par coudées entières. Rien que pour cela, il en vaut la peine.

- J'en doute fortement, mais ça ne sera pas notre Guilde qui aura son sang sur la conscience. Il se réveille.

En effet, l'assassin clignait rapidement des paupières et cherchait visiblement à se tirer de son inconscience. Arkania se releva et s'assit sur une chaise branlante à côté du lit miteux, attendant qu'il se réveille totalement alors qu'elle enroulait machinalement une de ses jambes autour d'un pied de la chaise, le vieux cuir de ses bottes émettant un léger craquement contre le bois.

Altaïr se sentait infiniment mal. Mais vivant. Cette seule constatation lui rendit un peu de lucidité alors qu'il entreprenait de plier prudemment ses doigts un par un, et s'assurer de leur réactivité. Son flanc gauche irradiait de souffrance, mais la flèche n'y était plus. Il sentait ses bras, ses jambes, ses mains, ses pieds, sa tête. Surtout sa tête, tant le sang qui battait à ses tempes la lui rappelait à son pénible souvenir. Il aurait dû être mort. Mort par la faute de son imprudence et de sa négligence. Il se souvenait avec une précision douloureuse de sa soudaine bouffée d'adrénaline lorsqu'il avait vu qu'il avait oublié l'un des archers postés sur les toits, dissimulé dans l'ombre d'un clocher chrétien. Il avait eut juste le temps d'esquisser un pas de côté avant que la flèche percute son flanc et entre sans difficulté dans la chair, déchirant le tissu et le cuir de son armure et de sa tunique. Tunique qui dès l'instant d'après s'était gorgée de sang alors qu'il se pliait en deux, la main plaquée au côté, foudroyé par la douleur et une brusque bouffée d'angoisse. Un sursaut de conscience avait fait appel à son entraînement d'assassin pour saisir l'un de ses couteaux de lancer pour l'expédier sur le garde, dans un pur réflexe, visant approximativement le lieu où il se trouvait. Il l'avait miraculeusement touché. Il le vit s'effondrer avec soulagement. En même temps qu'il se pétrifiait lorsqu'il le vit accroché des deux mains à la corde qui actionnait la lourde cloche de l'édifice. Sans réfléchir plus, mû par son instinct de survie, il avait fuit à la seconde, se ruant dans la direction inverse. Un instant après, la tige heurtait violemment la paroi de métal pour la faire vibrer de tout son poids, et ameutait la ville, les gardes, les habitants, pour diffuser cet unique message : "Assassin en ville".

Il ne se souvenait ensuite que confusément de sa fuite, la douleur, sa rage qui lui permettait de courir encore, la crainte d'être pris, son saut manqué, sa chute, la fuite, encore, puis sa résignation, le piètre refuge de caissons et de paniers... Puis des mains qui le saisissait à bras-le-corps et le traînaient, des cheveux noirs, et puis le néant. L'esprit un peu plus clair et les idées remises globalement en place, il tourna enfin la tête.

A son chevet se tenait une silhouette encapuchonnée, dont il ne distinguait pas les traits. Il discernait cependant à la façon dont tombait le tissu qu'il s'agissait d'une femme, ce qui l'étonna. Quand il observa plus attentivement sa tenue, il retint un grognement de surprise : elle portait des vêtements semblables aux siens. Des vêtements d'hommes, mais dans des tons de gris et de noir, des même teintes que les vêtements communs que l'on retrouvait en ville. Quand elle esquissa un geste pour venir poser la main sur son front moite de sueur et d'une légère fièvre, il nota que le tissu dissimulait une deuxième couche, qui ressemblait à son armure d'assassin, et une ceinture semblable à la sienne, aux discrets renfoncements qui masquaient sans doute des couteaux et des poignards. Il aperçut la garde d'un sabre et d'un long couteau, caché dans les replis du tissu. Et contre son front, c'était un gant en cuir qu'il sentait. Un assassin.

Muet de stupeur, il aurait été en peine de dire s'il était choqué ou pas. La large capuche de la jeune femme et l'obscurité de la pièce l'empêchait pour le moment de bien voir ses traits. Quand elle retira sa main, il vit que, contrairement à lui, son annulaire n'était pas tranché, bien qu'il eut bien senti la présence du mécanisme de la lame dans le gant. Une femme assassin... Le concept en soit l'intriguait plus qu'il ne le choquait vraiment, à vrai dire. Il n'avait que peu de contact avec les femmes, elles se limitaient à ses yeux à une caste qui l'indifférait, et qu'il évitait en règle générale. Al Mualim était le seul à avoir des concubines dans la forteresse. Altaïr ne pénétrait que peu souvent dans les jardins où on les croisait, et il fixait avec mépris ceux qui s'en laissaient distraire. Cela l'irritait profondément. Il imaginait ainsi assez mal une de ces créatures frêles de corps et d'esprits survivre à l'intensif, sinon cruel, entraînement dévoué à la voie de l'assassinat. Et qui diable avait bien pu accepter de la former ! C'en était presque une hérésie en soit. Par ailleurs, devenir assassin était rarement volontaire. Lui-même n'avait jamais choisi cette voie. C'était le hasard qui avait fait qu'un des assassins d'Al Mualim l'avait ramassé dans la rue où il pourrissait pour lui jeter à la figure des promesses de sécurité et de force. Et la promesse d'un repas. Il n'en avait pas fallut beaucoup plus pour qu'il se jette avec un bonheur imbécile dans le ventre de la forteresse de Masyaf, et embrasser l'histoire pavée de sang des assassins. Et s'il s'enorgueillait assez de ses talents précoces, la désillusion qu'il venait de subir aujourd'hui l'avait plaqué violemment le nez dans la poussière de son imprudence et de son arrogance, doublé d'une claque impitoyable.

Un mouvement derrière la jeune femme l'informa de la présence d'une autre personne, qui vint se placer dans le dos de sa compagne. C'était cette fois un homme, dont il ne distinguait également pas le visage avec la capuche de sa tenue, tenue par ailleurs identique à celle de la femme, identique à son armure d'assassin. Lui-même en était donc un... Altaïr cligna des yeux pour chasser les gouttes de sueur qui lui coulaient le long du front et venait rouler sur ses paupières, nauséeux. Une telle faiblesse le rendait plus malade encore de dépit et de colère. Il ne savait par ailleurs toujours pas dans quelle situation il était, ni l'identité et les intentions des personnes qui l'avaient manifestement sauvé. Au prix d'un nouvel effort, il leva une main pour s'essuyer le visage, désireux également de chasser l'insupportable engourdissement de ses membres - il se sentait purement et simplement dépossédé de son corps -, mais la jeune femme lui saisit le poignet au vol pour le reposer à côté de lui. C'est à ce moment seulement qu'il remarqua brusquement que ses doigts étaient d'une grande pâleur. Une pâleur d'occidentale. Il releva soudainement la tête vers elle alors qu'elle était encore penchée sur lui, sans qu'elle s'y attende.

Il put enfin la dévisager franchement. Il était évident, au premier coup d'œil, qu'elle n'était pas native de son pays ou issue d'une quelconque contrée arabique. Elle avait la peau pâle bien que halée par le soleil, des traits acérés, un nez fin et droit, légèrement retroussé, et avec un effort, il distingua que ses yeux étaient bleus, une couleur qu'il n'avait jusqu'alors jamais croisée dans les yeux humains, homme ou femme. Assassin au cœur noir, assassin aux yeux d'opale, était une maxime idiote qu'aimaient bien proférer les moines pour pointer la nationalité impie des membres de sa Guilde. On n'y croisait guère de chrétien ou d'occidentaux, en effet.

- Si vous pouviez éviter de bouger...

Elle s'exprimait sans accent, ce qui le surprit. Apparemment soudain agacé, l'homme se tourna vers lui et rejeta sa large capuche en arrière d'un mouvement brusque, pour dévoiler une nouvelle surprise à Altaïr. Si la peau de l'homme était plus basanée que celle de sa compagne - bien qu'il fût assez évident qu'il était métis ou même occidental également -, ses cheveux mi-longs et qui lui tombaient aux épaules, eux, étaient blonds, d'un blond doré étonnant, comme il n'en aurait jamais imaginé. Littéralement des cheveux de femme, en réalité, tant ils semblaient impeccables, quoique la coupe à la cisaille démontrait bien que son propriétaire n'en avait cure et semblait peu s'en soucier. Quand il se mit à le regarder en face, Altaïr remarqua quasiment immédiatement ses yeux verts, d'une couleur tellement intense qu'elle occultait quasiment l'autre élément interpellant de son visage : une longue cicatrice verticale sur son oeil droit, qui courrait de sa tempe jusqu'au milieu de sa joue. La paupière n'était pas abîmée, mais il manquait une petite partie de sourcil, là où la cicatrice passait. L'homme le fixait intensément, et très manifestement avec une hostilité guère masquée.

- Arrêtez de la fixer comme ça, siffla-t-il. C'est elle qui vous a sauvé. Je vous aurais laisser crever comme un chien pour ma part.

Altaïr lui adressa un rictus, conscient de ne pas être en terrain allié avec lui. La jeune femme rejeta à son tour sa capuche quand elle comprit que son compagnon avait fait cela car il n'aimait pas les regards à la dérobée que lui adressait l'homme qu'ils avaient sauvé. Les cheveux noirs qu'Altaïr avait aperçus étaient donc les siens. Elle les avait attachés en arrière avec ce qui semblait être un vieux cordon de cuir, en une longue queue de cheval un peu crasseuse qui reposait pour le moment sur son épaule et atteignait légèrement sa taille.

- Comment vous appelez-vous ?

Il ne répondit pas. Arkania esquissa un mince sourire.

- Je vois. Je vais vous donner le mien en revanche. Je m'appelle Arkania Ab Silva. Et je suis un assassin de la Guilde d'Al Ahtan.

- Donne-lui aussi l'emplacement de la forteresse et les spécificités de notre tenue, ça ira plus vite, l'interrompit le blond d'un ton sarcastique.

- Tu sais aussi bien que moi ce qu'il va lui arriver, alors à quoi bon utiliser des artifices.

Altaïr fronça de nouveau les sourcils, mais la jeune femme n'ajouta rien, et il hésitait à demander des éclaircissements. Sa prudence lui dictait cependant de faire profil bas pour le moment, et il n'insista finalement pas alors qu'elle tournait de nouveau la tête vers lui.

- Auriez vous donc l'amabilité de nous donner votre nom ? Reprit-elle, une pointe d'ironie dans la voie.

- Malik, improvisa-t-il, avant de tousser soudainement.

Le long temps qu'il avait passé sans parler ni boire, inconscient, lui avait laissé une gorge sèche et douloureuse, et la voix rauque qui l'accompagnait fidèlement. L'instant d'après, on lui tendait une outre rebondie. Un brin surpris, il hésita un instant, puis finit par incliner lentement la tête en signe de reconnaissance, avant de prendre appuis sur ses avant-bras et de parvenir à se mettre en position assise. Il se sentait déjà mieux. Il saisit ensuite l'outre et passa une main sous sa poche rebondie, agréablement fraîche, avant de la soulever et porter le clapet de cuir à ses lèvres, s'y rassasiant à longues gorgées tandis qu'Arkania attendait patiemment qu'il finisse. Il but avidement, assoiffé, l'eau froide lui glaçant la poitrine alors qu'il se réhydratait passablement. Il s'aspergea également le visage et le torse avant de recommencer à boire. Un moment après, il retira enfin l'outre et essuya les gouttes qui avaient coulées sur son menton, à présent plus ou moins revigoré. Il rendit l'outre à la jeune femme, l'esprit plus clair et moins fiévreux. Inutile de perdre du temps à tourner autour du sujet à présent.

- Pourquoi m'avez vous sauvé ?

Arkania regarda brièvement par-dessus son épaule, peut-être pour quêter l'approbation de son compagnon, avant de repasser son attention sur Altaïr qui la fixait toujours, son visage dur dépourvu d'expression.

- Je ne peux pas vous expliquer cela clairement. C'est entre autre par solidarité. Mais j'aurai du, en temps normal, vous laisser mourir.

- Et pourquoi ?

- Parce que vous appartenez à l'ordre d'Al Mualim et que nous le combattons.

Instantanément, Altaïr amorça un brusque mouvement pour se saisir d'elle, mais elle bloqua immédiatement son bras sans sourciller. Sa force le stupéfia et il fut contraint de céder, trop faible pour lui tenir tête. L'homme blond n'avait même pas bougé.

- Vous êtes des templiers ? Cracha Altaïr, les dents et les poings crispés de haine.

- Vous avez véritablement la capacité de déduction d'une chèvre, ou est-ce une méthode subtile pour endormir la méfiance de vos ennemis ? Répliqua sarcastiquement le blond, les bras croisés et les yeux levés au plafond.

Altaïr lui adressa un regard noir, mais ne surenchérit pas alors qu'Arkania reprenait la parole :

- Nous combattons les templiers, comme vous. Mais nous n'approuvons pas les... motivations secondaires... que poursuit Al Mualim, et que vous ignorez. Et n'insistez pas, vous en saurez plus par la suite.

- Quelle suite ? Parce que vous allez me laisser, sans doute ?

- Certainement. Mais vous allez venir avec nous.

Ainsi donc, c'était cela qu'elle entendait par "Et tu sais ce qu'il va lui arriver"...

- Et si je refuse ?

- Vous ne pouvez pas. Vous êtes désormais lié à nous, à la fois par le secret et par une dette de vie. Oubliez votre Guilde. Cette période de votre vie est terminé.

- Vous n'avez pas le pouvoir de le décider !

- Le credo des Assassins est immuable, vous y répondez, comme nous, et il spécifie que l'allégeance liée à la dette de vie prime sous tout autre impératif. Cette seule raison suffit pour vous garder. Par ailleurs, à présent, pour Al Mualim, vous êtes sûrement mort, et vous êtes contraint à respecter le secret de l'existence de notre ordre. Vous dépendez également de nos soins. C'est pourquoi nous allons vous emmener à notre forteresse, où Al Ahtan décidera de votre sort. Ne regrettez pas votre Guilde... Celui qui la dirige est un démon.

- Ne parlez pas de ce que vous ignorez... Gronda-t-il, la mâchoire crispée de colère et d'impuissance.

Soudain, la jeune femme n'eut strictement plus rien de doux ou de calme. Son visage était devenu glacial, ses yeux, dépourvu d'émotion, son maintien raide évoquait celui d'un animal sur le point d'attaquer, et ses mains s'étaient baissées par réflexe à sa ceinture.

- Je sais plus que vous ne pourriez croire. Nous ne combattons pas votre confrérie par plaisir. Les assassins n'ont pas besoin de guerre intestine. Mais votre ordre est dirigé par une bête humaine doublé d'un fou furieux dont les ambitions pourraient nous conduire à notre perte à tous, assassins ou non, et le pire est bien que les hommes sous ses ordres servent cette cause sans en avoir conscience, comme vous venez de me le prouver. Il me semble que c'est ce Dieu chrétien dont on nous rabâche les bienfaits qui disait... Comment déjà ?... "Heureux les imbéciles, car ce sont eux qui atteindront le paradis." Vous y auriez une place de choix.

- Ne me faites pas rire avec vos approximations, vous êtes à la botte du Dieu que vous citez.

L'homme s'esclaffa en l'entendant, ouvertement moqueur. Arkania se contenta d'un regard méprisant.

- Nous n'avons pas de Dieu. Notre seul seigneur et maître est Al Ahtan. Nous sommes enfants de païens : ni occidentaux, ni arabe, sans patrie, sans race et sans dieu. Votre mouvement de recul le montre bien : Vous ne vous attendiez pas à ce que vous avez vu. Je suis née ici, à Acre. Et je ne suis pourtant reconnue nul part, alors épargnez-moi vos jugements à la sauvette.

- Vous voulez me faire croire qu'une fillette a survécue sans parents des années avant de devenir assassin ?

- Cela vous surprend ? Mais je n'étais pas seule. Les rejetons des rues se regroupent. Même si je n'avais qu'un allié.

Elle leva l'une de ses mains au-dessus de son épaule, le blond la prenant pour la serrer brièvement avant de la relâcher.

- Je serai cependant morte depuis longtemps sans Al Ahtan.

- Il n'y a pas de femme assassin.

Au dernier mot, la bouche à peine fermée, il se figea immédiatement, tous ses muscles tendus. Une lame gravée était plaquée sur sa gorge, le son du léger tintement du métal planant encore dans l'air. Sortis d'une gaine sous le gant d'Arkania. La lame secrète.

- Dans ces contrées, en effet, n'en doutez pas... Je suis la seule, par la force des choses... et par lui...

Elle désigna de la tête son compagnon, qui les fixaient toujours sans bouger. Altaïr soutint le regard de la jeune femme, une lueur de défi dans ses yeux sombres. Elle reprit, sans bouger la lame d'un pouce :

- Vous savez pourquoi ils ont cédé ? A cause de son nom... Azrayen...

Azrayen, Esprit de Mort. Les assassins croyaient en la signification des noms. Lui-même s'appelait "Ibn La-Ahad", "fils de personne". Celui de cet homme était sans doute le plus dangereux qu'on puisse donner... Le présage d'un enfant mort, ou d'un génie. Il regarda de nouveau l'homme blond. Il le voyait sous un autre angle... Cet homme était donc à priori un meurtrier redoutable, capable de faire former une femme par les assassins grâce au seul prestige de son prénom. Il s'était si peu déplacé qu'Altaïr n'avait pu détecter son potentiel, habituellement décelable par les mouvements seuls quand le sujet était véritablement doué dans l'assassinat. Comme lui. Enfant de personne tourné vers une essence, une voie, un seul avenir. Je suis un assassin...

Arkania finit par retirer l'arme de son cou, et la rengaina d'un mouvement de poignet, de ce geste que donne l'habitude. Soudain songeuse, elle se passa le pouce sur la lèvre inférieure, le regard tourné vers la fenêtre fermée, plongée dans ses réflexions en se désintéressant visiblement totalement de lui. Elle se mit à parler à voix haute, sans faire attention à Altaïr qui essuyait lentement le filet de sang qui avait coulé le long de sa trachée :

- Il va falloir vous prendre à cheval avec nous pour atteindre la forteresse. Mais vu votre état, ça serait périlleux... et en restant ici, nous sommes tout autant en danger. Cette maison est abandonnée, mais elle ne devrait pas tarder à être saisie par les autorités de la ville, et aucun ne croira que nous en sommes les propriétaires.

- Le prendre en croupe ne serait ni discret ni pratique, ma belle.

- Alors il faudra prendre des chemins détournés, et faire attention en quittant la ville. Et s'il vous prenait l'envie d'ameuter la garde, ajouta-t-elle en se tournant vers Altaïr, n'oubliez pas que vous y passerez aussi, à moins qu'ils ne vous torturent pour en savoir plus sur Masyaf. Croyez-moi, plus vous vous laisserez faire, et mieux ça ira.

Avait-il bien le choix de toute façon ? Son état ne lui permettait pas vraiment de résister ou fuir. Il ne pouvait qu'assister à l'achèvement d'une période de sa vie qui était sa raison d'être, son essence. Il était toujours un assassin. Mais privé de sa liberté. Vers où marchait-il à présent ? Avec cet homme et cette femme, ou lié derrière eux, comme un prisonnier... ?

Il l'ignorait, et ne le saurait visiblement pas avant plusieurs jours.

.oOo.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

AssassinBlol
24/12/2010, 10h46
En effet : ".oOo." lol.

Amaltheren
24/12/2010, 11h09
Pas d'horreur j'espère X'D

Ouarf j'avais jamais fait attention que ça pouvait être un smiley en effet, c'est le petit séparateur que j'utilise ordinairement pour sauter d'un gros paragraphe à un autre dans un changement de scène ou pour fermer/ouvrir les chapitres... j'ai envie de changer maintenant !