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Afficher la version complète : [Carte du Capitaine du Loup] La Morsure du Froid



Tomoko-Ishikawa
21/08/2013, 22h59
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Ce ciel blanc, c'est un peu comme une page qu'un écrivain n'arriverait pas à griffoner. L'air est glacial. Un froid qui vous mort le visage, qui vous paralyse chacun de vos membres, qui vous vous fait souffrir à chaque inspiration. Ce ciel blanc, cet écrivain perdu, c'est moi. Je ne sais par où commencer, quoi raconter si ce n'est la fin de mon humble vie. Les grands héros eux, savent comment conter l'histoire de leur fantastique aventure. Tout paraît si beau, si héroïque... mais la vérité est aussi laide que la mort d'un guerrier. Par où commencer, disais-je ? Mon nom est Weillym et j'étais le fils d'un couple d'artisans qui travaillait le cuir. Le reste est superflue.


* * *

Une nuit plus obscure que le mal rôdant dans la Nécropole, mes Hommes et moi étions autour d'un feu. Non, nous ne chantions pas ; non nous ne rions pas ; oui, aucun de nous ne souriait. Notre mine déconfite fixait le feu vivace qui résistait à ce moment qui semblait gelé. Le temps était terriblement long. Nous pensions tous à notre famille, notre femme, nos enfants. Un des soldats pleurait. Il pleurait en silence, mais nous entendions les sanglots de son âme. Il était à bout, comme nous tous. Les brandons ardents s'envolaient et se consummaient dans l'air, tout comme l'enthousiasme dont nous faisions preuve aux débuts de la campagne.
Les corbeaux s'excitent. Un hurlement empli de souffrance déchira le silence qui régnait depuis de longues minutes. Un râle qui implorait notre aide et celle des Dieux.
- C'est Riel ! s'exclama un gars près d'une des tentes, qui avait tantôt bondit à l'entente du cri. Sortez-vos armes et allons à son secours !
Personne ne bougea. Tous attendaient impaciblement mon accord, à l'exception du soldat qui réagit à l'appel de son camarade. C'était son ami. Je savais que tous les regards étaient braqués sur moi. Je fermais les yeux, serrant les poings sous mon menton.
- Non, soufflai-je. Personne ne bougera. Riel est perdu, ajoutai-je d'une voix monotone.
Un silence s'ensuit. un silence plus court cette fois-ci.
- Vous êtes fou ! s'écria le gars de tout à l'heure. Vous n'avez pas l'étoffe d'un Capitaine ! termina-t-il.
Je sentais qu'il tremblait. Il avait peur, mais c'était surtout de la haine qu'il éprouvait. Une haine si puissante qu'elle aurait pu se matérialisée en une arme tranchante. Une lame qui aurait poignardé mon autorité, mon humanité. Je n'ai pas refusé le secours d'un Homme pour le plaisir, mais pour la sécurité de toute une troupe. Nous ne serions jamais arrivé à temps pour Riel. Son ami, qui était déjà parti à sa recherche l'arme à la main, le savait aussi. Ce qu'il ne supportait pas, c'était l'abandon de celui avec qui il a partagé une grande partie de son enfance, de son adolescence et de son entraînement à l'armée. Il terminera sa vie également à ses côtés, dans une mort douloureuse puis une agonie interminable.
- Capitaine, souffla un autre soldat. Que faisons-nous ?
J'enfilai ma capuche crâmoisie puis levai les yeux vers mon camarade :
- Nous fuyons. Réfugions-nous dans les bois, et surtout... dispersion.


* * *

Weillym, mon pauvre Weillym. Que fous-tu ici, au beau milieu d'une forêt de sapins enneigés, pourchassé par un ennemi brutal et assoiffé de destruction dont tu n'as pas encore vu le visage ? J'entends ses pas lourds, je sais où il se dirige.
Le tronc du sapin où je me trouvais explosa littéralement et mon coeur sembla s'arrêter. L'ennemi était là, et il semblait vouloir en découdre. Une furtive roulade me permit d'esquiver son pied. J'ai bien dit « son pied ». Un rapide coup d'oeil me fit comprendre que notre cible - même si en l'occurence la cible n'était personne d'autre que moi - était un Yéti des Montagnes Sombres. Imposant, cuirassé et tatoué de motifs tribaux, la bête aurait pu me broyer mon corps tout entier.
Un genoux à terre, le dos voûté, je tirai d'un seul coup la lame de mon fourreau. Scintillante, affûtée, la neige lui donna une brillance éblouissante. Mon souffle s'accéléra, mon coeur battait la chamade et le sang fluctuant résonnait dans mon crâne. Je suis un Capitaine du Loup, mais je reste un Homme. La peur me tordait le ventre, mais l'ennemi lui me craignait-il ? Son regard brava le miens, un respect mutuel s'installa. Quelle étrange scène. Cette bête semblait plus Humaine que bien des ennemis du Havre.
- Toi, lâcha le Yéti. Interdit marcher ici. Terres à nous, Yétis.
- Nous ne sommes que de passage, répliquai-je en inclinant respectueusement la tête.
- In-ter-dit, répéta le Yéti. In-ter-dit !
La colossale bête s'élança, fit deux grands pas et se propulsa en l'air. Il visa ma position et s'écrasa lourdement au sol, dans un terrible fracas perceptible à des centaines de mètres du point d'impact. Une autre roulade furtive me permit d'éviter le coup, mais un puissant souffle m'envoya valser dans les airs. Je m'écrasai plus loin, sonné.
- Tirez ! s'exclama une voix plus humaine que celle du géant.
Des sifflements s'ensuivirent. Le chant des anges, la tourmente des martyrs. La libération aussi, peut-être. Mes soldats, mes frères, tous des Tireurs d'Élite du Loup s'empressèrent de décher leurs carreaux, criblant la masse musculaire de notre prédateur. Je pouvais sentir la bravoure, la hardiesse, le courage. Ils étaient fiers. Fiers de combattre côte-à-côte, de protéger son prochain comme un membre de sa famille. J'arrivai à apercevoir le mutin de tout à l'heure. Il avait retrouvé la raison. Peut-être me haïssait-il encore ? La seule chose que je voyais dans son regard, à cet instant précis, ce fût sa détermination et un désir de vengeance.
- Deux Hommes pour relever le Capitaine, le reste avec moi ! continua le soldat qui s'était improvisé Capitaine. Tirez ! et ne vous arrêtez que lorsque vous n'aurez plus de munitions !
Encore des sifflements. Toujours des sifflements. À cet instant, une étrange pensée traversa mon esprit. Ce chant des anges, cette tourmente des martyrs. Cette libération que je désignais plus tôt, elle semble fausse, trompeuse. J'entends désormais la peur, le sang de notre nation cédant à l'envahisseur, les pleurs d'une femme et de ses enfants. J'entends le signal de la défaite, l'avertissement de la mort.
- Tout ça inutile... souffla le Yéti qui semblait perdre patience. Moi... briser os mille morceaux ! ajouta-t-il dans un râle qui fit trembler la forêt de conifères.
Les carreaux ne lui avaient rien fait, même lorsque la pointe atteignit le crâne. Incroyable et terrifiant à la fois. L'armée n'est que préparation, simulation. Le terrain, le vrai, voilà à quoi il ressemble. Je me sens faible, et la rage de vaincre chez les soldats avait disparu. C'était désormais l'effroi et l'impuissance qui les animaient.
Un seul ne recula pas. Le Capitaine de fortune siffla, rapidement imité par ses confrères. Des loups, sortis de nulle part, rejoignirent les arbalétriers sans plus tarder. Crocs dehors et poils hérissés, ils grognaient violemment. Reniflant l'ennemi, tentant vainement de l'intimider, ils se lancèrement finalement à l'assaut. Leurs maîtres les suivirent, dagues aux mains.
- Fuyez ! m'écriai-je. Dispersion, j'ai dit !
Trop tard. Ils ne m'entendaient pas, et je nous savais perdu. Plus nous étions nombreux, plus l'ennemi acquiérait une puissance destructrice. C'était le fonctionnement de ce type de Yéti.
- Pour le Havre ! hurla l'ersatz de Capitaine. Pour l'Honneur !
Le Yéti s'élança de nouveau, cette fois-ci dans une course folle. Enragé, insaisissable et redoutable, il emporta cinq Hommes dans son sillage. Le choc était tel que leur ossature et leurs organes explosèrent au contact. D'un revers de la main droite, il réduisit en bouillie un soldat contre un imposant rocher glacé. Il écrasa de ses pieds plusieurs loups qui les lui mordaient, puis tira dans trois autres autres bêtes qui s'envolèrent et terminèrent dans des sapins. Plus les pertes de nos soldats étaient nombreuses, moins le Yéti était féroce. Il était puissant, bien sûr... mais il devenait moins destructeur, moins violent.
- Si c'est un combat loyal que tu veux, murmurai-je en retirant ma cape teintée d'un rouge sanguin ornée de fourrure de loup, tu l'auras.
Le géant arracha un arbre et s'en servit comme arme contendante. Il balaya les animaux de combat et écrasa le restant des troupes. Le faux Capitaine succomba à son tour, signant le duel fatidique.
- Hommes de toi, faibles, cracha le colosse. Pas mériter fouler terres pures à nous. Pureté souillée désormais !
- La seule souillure que vos terres sacrées connaîtrons, c'est celle de ton sang que je coulerais ! répliquai-je, l'épée dégainée, avant de siffler.
Trois loups de combat - les meilleurs qui puissent exister en ce monde - apparurent, prêts à en découdre. Tous se jetèrent sur le géant tandis que je me réfugiai dans les cimes des arbres, cherchant le bon moment et le bon endroit pour bondir sur le Yéti. Je relevai une légère odeur de sève, celle des troncs explosés, qui se mêlait au sang. Il fallait en finir. Je me devais de venger mes compagnons.
C'est le bond ultime, celui où, armé de mon épée à une main, j'étais prêt à enfoncer ma longue et tranchante lame dans le cou de l'ennemi. Une attaque qui lui serait fatale, je l'espère.

Tomoko-Ishikawa
21/08/2013, 23h00
* * *

Et me voilà ici, allongé dans la neige, incapable de bouger la moindre jambe. Mes cheveux blonds, mi-longs et bouclés, me balaient délicatement le front. Je me sens bien. Le froid est toujours aussi mordant bien sûr, mais le ciel blanc m'apaise. Je pense parfois à ma vie civile, à mes parents et à mon unique frère. Ils sont tous ensemble et travaillent le cuir. Ils vivent en paix, et je suis heureux de le savoir.
Le Yéti des Montagnes Sombres avait été touché par mon attaque, mais d'un puissant coup de paume il m'envoya valser sur une pente rocailleuse, qui donnait finalement sur une falaise. Je suis retombé dans un épais manteau de neige, mais la roche avait brisé ma colonne vertébrale et plusieurs de mes côtes. Mon bras gauche et mon genoux droit sont quant à eux réduits en poussière. Je ne m'en sortirai pas. J'attends ma mort. Je pense à tout ceux-là qui ne connaissent pas ma misérable existence.
Tiens, voilà un loup. Mon loup. Le seul rescapé de la bataille.
- Méritons-nous notre survie, mon ami ?
Il me regarde, attristé. Je sens qu'il est blessé, qu'il a mal. Une souffrance physique mais aussi morale. Il pense à ses compagnons, et non, il ne pense pas mérité sa survie également. Nous avons été les moins courageux, mais nous sommes encore vivants.
- Dis-moi, mon ami, j'ai un dernier travail pour toi.
Le loup s'approche de moi ; il me lèche le visage, halletant une douleur qu'il essaie d'oublier.
- Envoie ça au campement principal.
Cette lettre, que j'ai écrite avant de partir, annonce la disparition de la troupe. Je n'ai eu qu'à rajouter le nombre de pertes. L'encre fut mon sang ; la pointe de mon épée, la plume. Je lui place dans la gueule, lui caresse le sommet de son crâne et lui souffle des mots doux.
Il est déjà bien loin.
Ma lame est à côté de moi, et d'une poigne affirmée je la prends et en fait une épée de damoclès. Elle est là, juste au-dessus de mon coeur. Je pleure car je suis un Homme. Je pleure même si je suis un soldat. Je pleure puisque mon histoire n'est pas celle d'un héros. Rien n'est beau, et la guerre est certainement la chose la plus laide que le monde ait connue.
- Mon corps disparaîtra de ce monde, mais mon âme elle, continuera de vivre à travers le Loup.


* * *



Général Derrack Viegmon,


Le Capitaine du Loup, Weillym Ceiran, vous informe que la mission menée dans les Montagnes Sombres est un échec.

Toute la compagnie du Loup est décédée.

Avec mes plus plates excuses et tout mon respect,


Weillym Ceiran, Capitaine du Loup.


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HS : Voilà, mon histoire sur cette carte que j'aime beaucoup est enfin terminée. En deux messages car il y avait plus de 11500 caractères et ce n'est pas acceptable. N'hésitez pas à donner vos avis ! Je tiens à préciser que je ne connais absolument pas l'univers de M&M puisque je me suis mis au jeu très récemment.

WCB.Kimundi
27/08/2013, 15h50
Je suis touché, magnifique histoire :)

Tomoko-Ishikawa
31/08/2013, 15h32
Merci beaucoup, ça me fait plaisir :3

Orna3112
01/09/2013, 08h57
Particulièrement touchée par ton histoire, bravo :)

Josan59
01/09/2013, 12h43
Bravo, c'est bien écrit :)