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Melkentich
23/08/2013, 15h16
Il ne régnait à présent qu'un silence lourd. Quelqu'un se racla la gorge. Un des deux orcs débout au milieu de l'immense tente. Il paraissait nerveux et inquiet tout comme son compagnon. Ils s'efforçaient de n'en rien montrer mais leurs gestes les trahissaient. Ils avaient peur. Une peur qu'il ne comprenait pas et qu'ils n'arrivaient pas à refréner.

Pourtant, l'un était un shaman, un shaman puissant, un chasseur de rêves comme certains les appels. C'était un de ceux qui savait marcher en plein cauchemar comme en plein rêve, sans distinction. La peur ne l'atteignait pas ou juste assez alors pour se transformer rage; la seule émotion qu'il n'eut peut-être jamais vraiment connue et qu'il savait parfois maîtriser.

L'autre était un fier guerrier, connu pour ses prouesses au combat, sa sauvagerie sans retenue et sans égal, sa témérité et sa fierté. D'aucun n'aurait dit de lui qu'il était pleutre à moins d'en avoir fini avec les vicissitudes de la vie. Sur les champs de bataille, il s'était mainte fois érigé en mur encaissant fer et magie sans broncher. Mais en cet instant, on aurait dit qu'il s'exposait à une chose bien pire que le cumul de tout ce qu'il avait pu enduré. Il ne se sentait pas à sa place. Il aurait préféré la sécurité de la mêlée, au milieu de troupes ennemies, que de se trouver ici, dans cette tente, à déclarer ce qu'il déclarait. Le shaman à ses côtés, l'aurait ensuite guidé vers un repos sans rêve. C'est d'ailleurs ce que le chasseur de rêve se souhaitait pour lui même en ce moment au lieu de devoir éprouver ce sentiment qu'il arborait par dessus tout. Et la rage qui ne lui venait pas*! D'habitude elle tardait jamais à venir mais là la peur persistait et pire, grandissait.

L'atmosphère de la tente était étouffante et moite; les odeurs s'y faisait plus forte, celle du cuir, de la sueur, de la terre, d'encens, de bête et de sang. Des attrapes rêves fais de longues plumes colorées se balançait ponctuellement émettant divers tintement selon s'ils étaient pourvus de grelots, de tige en métal ou en bois. La tente devait bien mesurer 20 mètres de diamètres et 7 de haut. Le cuir de la tente, assemblé en patchwork, était usé, vieux et sale par endroit. On l'avait peint de ci de là. Des images de combats et de chasses, des signes tribaux éloignant le mauvais sort, d'autres apportant la chance. Sur le sol, une représentation en caractères cabalistique de terre-mère et au plafond une pour ciel-père. En fasse des deux orcs, des sièges de différentes, des coussins et des tapis. Le tout était dans l'ombre. Y siégeait le conseil du clan. Il se composait d'un orc vénérable, d'un guerrier dans la force de l'âge, d'un shaman sans âge, d'une harpie jeune et farouche, d'un centaure décrépit et d'une orc entre deux âges. Ils étaient muet et toisaient les deux orcs. La fumée qui enveloppait le corps du conseil ainsi que la pénombre qui les entouraient faisaient d'eux des ombres, des fantômes, au prunelles étincelantes. Ils étaient une entité brumeuse aux multiples faciès. Au bout d'un long et pénible moment, une voix perça de l'ombre, dans la langue orc, une voix grave et caverneuse :

- Seriez-vous prêt à répéter cela devant celui que vous accusez ?

La question sonnait comme purement rhétorique. Néanmoins, il sembla que les deux orcs voulurent y répondre comme un seul homme mais n'en n'eurent pas le temps car avant même la fin de la question, il était déjà entré sous la tente. Ils sentaient sa présence, Il était derrière eux. Il devait sans doute les jauger et réfléchir au meilleur moyen des les faire souffrir. Il pouvait les tuer, les relever et les tuer encore. C'était une des choses qu'il aurait pu leur faire. Mais qui sait s'il n'avait pas d'autre plan plus vil encore.

Ils l'entendirent s'avancer et passer lentement près d'eux, courbé, masqué de corne d'ivoire, les maints jointes derrière son dos. Il paraissait petit et frêle. Il se mouvais comme un vieillard mais personne ici n'en était dupe. Il était jeune, peut-être même trop. Et il y avait de la puissance cachée derrière toutes ces simagrées.
La voix repris :

- Nous t'avons fais venir, toi, Zardoc, mandeur de la bravoure, général en chef de l'ost du cœur qui saigne de lumière, afin que tu réponde des accusations de Krinn capitaine de l'ost de l’œil qui pleure le sang et chef des broyeurs et d'Erac le sombre marcheur, shaman et membre du conseil de guerre de l'ost de la lune écarlate.

Zardoc s'inclina du mieux qu'il le pu, se courbant d'avantage. Les plumes de griffons, de vautours, de harpies et d'anges qui ornaient son pendentif, touchèrent sol soulevant un peu de poussière. Puis, il se redressa, un peu, et se tourna vers ses accusateurs sans un mot, pencha la tête de côté et attendis. C'était lui qu'ils avaient redouté durant tout ce temps. Mais qu'avait-il de si effrayant ? Ce n'était qu'une pauvre créature cachée derrière un masque. Un pantin peint de noir et de rayure blanche. Moins qu'un gobelin dans un pagne tenu par une ceinture d'os avec une figure d'émeraude ricanante. Mais c'était Zardoc. Ils le connaissaient et l'avait vu faire. Néanmoins, ils décidèrent d'oublier ce qu'ils savaient de lui à cause, peut-être, de l'apparence de l'être devant eux, d'un regain de courage ou de stupidité. La peur n'était plus. Erac, le shaman, fit un signe d'acquiescement à Krinn quand se dernier l'interrogea du regard. Le grand guerrier fit alors un pas vers Zardoc et lui dit d'un ton rauque :

- Nous t'accusons, moi Krinn et lui Erac, d'utiliser la magie impie du havre, celle que notre part enfouie et rejetée ne peut supporter. Cette même magie dont se servais ceux qui pensaient être nos maîtres. Cette magie en partie grâce à laquelle ils nous avaient asservis. Tu trahis une partie de notre essence et se faisant tu trahis chacun de nous. La lumière dont tu use et abuse pourrait se retourner contre nous à travers ta mains. Peut-être même complotes-tu déjà à cette fin. Nous te déclarons traître devant le conseil, ses pairs et ses ages. Tu trahis notre clan.

Ayant fini Krinn fit un pas en arrière. La voix du conseil se fit à nouveau entendre :

- Souhaites-tu répondre à cet accusation Zardoc?

Zardoc se retourna lentement vers le conseil. Il se gratta distraitement là où aurait du se trouver son front pour ne rencontrer que la dureté de son masque. Il commença par lever les mains, puis fit quelque pas sur sa gauche, puis sur sa droite. Il leva le doigt au ciel avant de refermer vivement sa main. Il resta ainsi quelque seconde, le poing serré. On aurait dit un fou sénile. Puis, il haussa les épaules et dit d'une voix belle et clair où l'on distinguait des accents de jeunesse :

- Qu'ai je fais à part verser le sang de nos ennemis sans faire couler le notre ? Qu'ai-je fais à part gagner bataille après bataille ? Qu'ai-je fais à part prendre soin des miens ? Qu'ai-je fais à part apporter mon aide au blessé, au mourant et au mort ? Qu'ai-je fais sinon faire au mieux pour le bien du clan ? Voudriez-vous m'empêcher de faire tout cela en me condamnant pour traîtrise ? C'est seulement cela qui serait traîtrise. Me condamner c'est diminuer la force de notre clan. Et ceux qui veulent cela, ceux-ci sont des traîtres. Permettez que je prouve cela ici même, devant vous, conseil, et devant ciel-père et ciel-mère. Je voudrais prouver mon innocence par un acte de sang jusqu'à ce que mort s'en suive. Je défie mes accusateurs, ici même, devant tous qui êtes là.
- J'accepte l'acte de sang, fit aussitôt Erac dans un élan.

Il semblait fulminer. Krinn parut pris de cours mais se joint néanmoins à son compères en prononçant les mêmes paroles. L'acte de sang était utilisé à plusieurs fin : lorsqu'on voulait prouver sa valeur, afin de sceller une promesse, pour prendre la place d'un chef ou, comme ici, pour départager deux parties s’accusant mutuellement. Nul besoin était, en général, d'aller jusqu'à la mort durant un acte de sang. Mais pour une accusation de traîtrise, cela semblait indiqué. Une voix féminine parla pour le conseil :

- Zardoc, tu peux te choisir quelqu'un qui partagera ton sort car tes accusateurs sont deux et tu es seul. C'est ton droit.
- Il est déjà choisis et il est déjà là. Il va entre sous la tente sous peu.

A ces mots un guerrier panthère entra. Malgré son masque d'os, tous reconnurent l'aide de camp personnel de Zardoc. Kern était son nom. Un mastodontes parmi les siens. Ses deux pairs de griffes, au visage de panthère, couvraient ses mains et semblaient trancher l'air à chacun de ses gestes. Il salua le conseil et se tint à proximité de Zardoc. Le général paraissait encore plus malingre et petit à ses côtés. On entama les paroles rituel dans une longue litanie. On invoqua le regard de ciel-père et la miséricorde de terre-mère. On répéta les accusations qui portaient sur chacune des parties. On les enjoins ensuite à se faire face dans l'arène judiciaire sous la tente qui consistait en un cercle plan tracé dans la terre. Les adversaires préparèrent leurs armes. Krinn portait une espèce de long marteau de guerre à pointe acérée. Son allonge était terrible. Une arme artisanal de son crue. Erac avait opté pour une masse ornée de plume rouge et de peinture rouge. L’emblème de son ost était gravée dans la tête en fer de son arme. L'on avait apporté à Zardoc ses deux sceptres jumeaux en bois. L'un était vert, l'autre jaune. Tout deux était orné de multiple cornes. Kern n'avait pas quitté ses griffes. Les combattants se saluèrent et se bénir, selon l'usage, invoquant l'eau qui relie le ciel et la terre. Krinn se campa sur ses jambes massives dans une posture défensive, près à bondir. Erac se tenait derrière lui et se concentrait sur sa fureur qui mainte fois l'avait aidé à vaincre. Zardoc soupesait ses sceptres, songeur tandis que Kern attendais à côté de lui, les bras ballant, creusant des sillons dans le sol avec ses griffes.

Et le duel pu enfin débuter. Zardoc se mit tout de suite à chanter pour terre-mère et le sol commença à se mouvoir puis à grimper autour de jambes de d'Erac et de Krinn qui furent aussitôt pris au piège comme lié à la terre. Puis un éclair de lumière fusa dans la main gauche de Zardoc. Kern disparu alors dans cette lumière pour réapparaître l'instant d'après aux cotés de ses adversaires. Il avait une stature plus terrible encore et la lumière baignait ses griffes comme si elles étaient céleste. D'un coup, d'un seul il transperça de part en part ses deux adversaires d'une seul main. Il les souleva du sol et d'un coup sec, les désembrocha. Et ce fut brutalement fini. Erac et Krinn rendirent leurs derniers souffles sans un râle. Leurs fiertés orc leurs interdisaient de gémir en mourant. Ils ne firent que haïr et maudire Zardoc durant leur bref dernier instant. Un combat rapide et sans fioriture. Une fin abrupt. La sentence était levée. Après que Zardoc et son aide furent lavé officiellement des calomnies à leurs encontre, le conseil leurs permirent de se retirer vers leurs ost.

Melkentich
23/08/2013, 15h20
En sortant de la tente, Kern s'adressa à Zardoc de sa voix grave, rocailleuse et profonde :

- Tu n'est donc toujours pas un traître, dit-il avec amusement.
- Toi non-plus semble-t-il.

Ils marchèrent dans le campement où les orcs s'affairaient de tout part. Certains jouaient aux osselets, d'autres aiguisaient leurs armes, certains préparaient de la viande, pendant d'autres dormaient, se battaient, mangeaient, s'invectivaient, etc. Partout, il y avait des tentes à perte de vue. Non loin, on entendaient les plaintes des vouivres et le barrissement des oliphants. Ils croisèrent un gobelin messager semblant plus que pressé. Ils virent un vieux gobelin affublé d'une peau de chat sauvage tenter d'amuser un groupe de centaure avant qu'il n'essaye tant bien que mal de le piétiner. Un chante-guerre du clan crâne noir battait la mesure à chaque coup de sabot.

Le guerrier panthère, malgré sa stature, devait s'efforcer de faire des pas mesuré afin de s'adapter à la cadence de vieillard courbé de son général.

- Parle Kern, tu semble préoccupé.
- Certains parlent et disent que nos ennemis entent les rêves de nos shamans et peut-être même de nos généraux.
- Lesquels de nos ennemis.
- Ceux dont on partage le sang.
- Des démons ? Qu'aurait-il à faire dans nos rêves.
- Kat qui attendait un renfort de cyclope s'est réveillé une nuit en sang. On dit qu'elle aurait vu ses cyclopes ses faire jeter dans une fausse empli de flamme. Depuis, pas de nouvelle des renforts.

Il firent quelques pas encore et passèrent devant le campement des harpies. Puis, ils sortir du campement de l'ost principal en traversant les hautes barricades de bois. Devant eux, s'étendaient une centaine de mètre d'herbe rase jusqu'au prochain campement. Il n'y avait pas âme qui vive à part eux deux.

- Est-ce la seule ? La seule à avoir rêver de démon?
- Non, il y en a d'autres. Et à chaque fois, d'autres fait étrange accompagnaient ces rêves. Un oliphant aurait été aspiré dans le noir avant de disparaître aurait, rapporté un éclaireur de nuit devenu fou.
- Dans l'estomac d'un cyclope ?
- Je ne pense pas... Rien ne le laisse présumé du moins. Et les cyclope ne sont pas connus pour manger proprement. Et puis ces rêves de démons deviennent de plus en plus fréquent. Je ne sais trop qu'en penser.
- Je ne semble pas en être affecté en tout cas.
- Vous ne rêvez pas... Ou plus. Je n'ai jamais su. Me direz-vous un jour ce qu'il en est ?
- Non.
- C'est néanmoins étrange pour un chasseur de rêve de votre trempe. Un chasseur de rêve sans rêve c'est un peu comme éclaireur sans yeux, le railla Kern.
- Elrath me guide, c'est bien suffisant.
- Ne prononcez pas ce nom à haute voix. Voyez les ennuis dont vous sortez. Voulez-vous vraiment encore faire acte de sang ? A ce rythme nous n'aurons plus d'orc pour combattre.
- Je pourrais les relever, répondit Zardoc avec amusement.
- Cessez vos gamineries d'enfants !
Zardoc le fusilla du regard.
- Enfant ?
- Pardonnez-moi, je vous prie, mon général. Mais ce n'est pas tout de même pas un sujet avec lequel il faut rire.
Zardoc haussa ses menues épaules.
- Tout cette méfiance envers Elrath est une aberration ! Il s'agit du frère aîné d'Ylath, celui que tout orc considère comme ciel-père.
- Rien n'est sûr. Ciel-père est peut-être tout autre chose que ces satanés dragons.

On leur ouvrit les portes de leurs campement en les saluant. Il avancèrent le long d'une allée de tente propre et bien rangée. Ici aussi les orcs s'affairaient mais semblait le faire de manière plus disciplinée, chacun ayant une tâche bien définie. Ils regardèrent un instant un groupe de guerrier répétant des formations de combats. Puis, ils reprirent leur chemin vers les quartiers généraux. Zardoc reprit :

- Concernant ces démons ou plutôt ces rêves de démons. Je dois enquêter et quelqu'un pourrait m'y aider. Sais-tu où se cache Sandor ?
- Votre pè...
- Ne l'appel pas ainsi, le coupa sèchement Zardoc, cela pourrait nous apporter plus d'ennuis encore que le nom d'El...
- Cessez, le coupa à son tour Kern en regardant autour de lui si aucune oreille ne traînait.
Il n'y avait personne là où il était, près des cultures où on élevait de terribles bêtes des ronces. A cette heure-ci, on leurs avait déjà apporter à manger et elles n'auraient plus besoin de soin avant la nuit.
- Je ne sais pas où il se trouve, reprit Kern, mais je sais peut-être qui pourrait en avoir une idée.
- Alors va parler à ce « qui ». Trouve-moi Sandor. Tu as carte blanche. J'ai bien peur que les démons ne s'en viennent pas seul. Mes rêves sont de plus en plus vide, Kern. Vide.

EDIT : Rajout d'un mot oublié et d'une virgule.

Melkentich
23/08/2013, 15h22
Désolé pour la mise en page, les phote d'aurtograffe et les problèmes de syntaxes et de mise en page qu'il reste. J'espère néanmoins que ça vous plaira... Ou du moins, ne vous déplaira pas trop ;o)

solune69
26/08/2013, 18h44
La suite !!! La suite !! :D

WCB.Kimundi
28/08/2013, 10h59
J'attends aussi la suite avec impatience, j'aime ce personnage de Zardoc, c'est bien comme ça que je le vois !