PDA

Afficher la version complète : [MARTIN & TURCOT] Au coeur de la Révolution - Les Leçons d'histoire d'un jeu vidéo



Jerusalem_sav
08/11/2015, 01h00
Je suis en train de jouer à Unity après avoir longuement hésiter du fait que
- je n'avais jamais ouvert un AC
- que les promesses de reconstitution historiques dans un jeu vidéo me paraissaient dangereuses.
- que les levées de boucliers dans la presse US et française ajoutées au démarrage "boggué" d'Unity avait créé une "légende noire"

J'ai finalement ouvert le jeu un an après sa sortie, et rapidement jeux vidéo et Histoire sont retournés chacun à leur place et dans leur rôle respectif. :p

Mais comme il est très rare d'avoir ce degré d'implication entre histoire et jeu, (les wargames touchant un public plus restreint et "averti") et qu'ubisoft Montpellier avait déjà délivré l'excellent Vaillant Hearts, j'ai voulu creusé un peu la chose et j'ai décidé de lire l'avis des intéressés eux-même: le livre des conseillers histoire d'Ubisoft :

- Jean-Clément Martin : professeur émérite de l'Université Paris 1, a dirigé l'Institut d'histoire de la Révolution française et a travaillé notamment sur la violence et la mémoire de la Révolution.
- Laurent Turcot : professeur d'histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières, spécialiste de l'histoire culturelle française. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire des loisirs et des divertissements.
(amazon)


http://ecx.images-amazon.com/images/I/51%2BNL6J3rAL._SX357_BO1,204,203,200_.jpg

Je n'ai pas d'actions chez Vendémiaire, mais c'est le seul ouvrage que j'ai trouvé sur le rapport entre histoire et jeu vidéo dans les AC.
En connaissez-vous d'autres?
D'autres l'ont-ils lu et voudraient ajouter leur opinion?

- L'ouvrage contient un résumé de l'argumentaire des deux historiens et de ce qui les a poussé à participer à un tel projet, tout en sachant les contraintes infranchissables, les fausses promesses et les perspectives de frustrations liées à ce type d'industrie de divertissement.
- Il contient aussi une sorte de guide virtuel du Paris réel de l'époque avec de nombreux détails sur les décors et la vie quotidienne parisienne qui complète assez bien la perception souvent superficielle qu'on peut avoir du jeu en le rushant.

Car la vraie question reste là pour ces 2 historiens comme pour moi :

- AC Unity nous a-t-il donné envie de vous pencher davantage sur l'histoire réelle de la révolution?
- Ce décor somptueux n'est-il qu'un meuble de luxe de plus dans notre quotidien vidéo-ludique de plus en plus surchargé?

Quelles leçons pour l'histoire ? pour le jeu vidéo?
Le jv pose les mêmes questions que le cinéma en tant que médiation fictionnelle, et possède donc toujours une responsabilité par rapport à son discours sa relecture historique, une impossible distanciation, et un décor "acteur".

Akio Nakazato
08/11/2015, 01h09
Je ne l'ai pas encore lu et comme tu as éveillé ma curiosité je pense que je vais rapidement me l'acheter. Comme ça je pourrais me joindre aux futures discussions.

Par contre j'ai tous les romans, toutes les bd, le manuel de l'employé d'Abstergo et la seconde édition d'Entre voyages, vérités et complots :)

Jerusalem_sav
08/11/2015, 09h33
Un collectionneur de la première heure à ce que je vois ;)

Tu verras: si tu as encore un peu le jeu en tête et les différents quartiers de Paris, il y a des chapitres bourrés d'anecdotes sympas dont perso, si je n'avais pas lu le bouquin je n'aurais jamais fait attention.

Par ex. :

- les différents types de fiacres avec des noms évocateurs: cabriolets, tomberaux, berlines, etc.
- les planches par terre dans les rues
- ce qu'il y a dans les grands cylindres sur le dos de certaines femmes dans la rue
- les différents emplacements de la guillotine,
- le rôle du café Procope

etc. etc.
Le livre ne fait que 124 pages, a une bibliographie solide pour les curieux qui veulent en savoir plus, et décrit vraiment à quoi ressemblait une journée typique du Paris de 1789.
Je le recommande au moins pour ceux qui n'ont pas beaucoup de temps : )

Akio Nakazato
08/11/2015, 11h30
Collectionneur je ne dirai pas ça, fan de l'univers totalement :) Pour ce qui est de Unity, je suis en train de le recommencer et je jongle avec Syndicate histoire de varier les plaisir ^^

Quoi qu'il en soit dans la semaine il y a de grandes chances que j'aille acheter ce livre. Et je viendrai par ici pour en discuter avec toi :)

blackpawn1
07/07/2016, 05h40
je me permet de me joindre a vous pour cette discutions , je n'ai pas non plus lu ce livre , mais j ai vu la vidéo ou les deux historiens découvre le jeux et apparemment ils apprécie, bien que de nombreux détails les laissent pantois, par exp, les carottes des tabac , certains costumes datant du début 19 eme , et surtout les mort en surnombre ne donnant pas une image reel de ce qu'était paris a cette époque.

Jerusalem_sav
07/07/2016, 06h56
Mais encore,
est-ce que tu as joué à Unity? qu'est-ce que toi tu en as pensé? as-tu écouté tous les débats du café théatre par ex.?

Jerusalem_sav
07/03/2018, 16h30
Jean-Clément Martin sur l'invention de la "Terreur", la création d'une image déformée et idéologique de la révolution française et de Robespierre de 1789 jusqu'à nos jours.


https://www.youtube.com/watch?v=_Q5Hb26ujMQ

Au final, Martin renie la lecture historique d'Unity (Mirabeau honnête, sans culottes=bandits, Danton sympa, robespierre tyran hystérique, Saint Just se faisant des vêtements en peau humaine...n'importe quoi), faisant apparaître son jeu tout sauf neutre, mais ayant choisi son camp: celui des monarchistes, de tous ceux qui ont créé ce mythe de la Terreur pour faire oublier leurs responsabilités, le camp de ceux qui ont instrumentalisé l'histoire.

Ce qui fait de Arno (franco-autrichien en référence au "martyr" de Marie Antoinette? des armées austro-prussiennes qui vont tenter d'éteindre la révolution avec l'aide des britaniques?), dans son hôtel de luxe juste à côté des quartiers les plus pauvres de Paris un héros incapable d'incarner cette époque sans mentir à ceux qui ne la connaisse pas.

Assassin's creed Unity devient alors un jeu qui pousse volontairement non à aimer l'histoire, mais à une lecture déformée et révisionniste de l'histoire.

Une extraordinaire occasion ratée de faire la "paix" avec cette période très politisée de l'histoire de France pour les nouvelles générations.